C comme Couac - édito
A l’occasion de ce nouveau temps électoral local, le Couac ne pouvait s’empêcher de troubler l’harmonieuse mélodie des sondages, le doux chant des urnes au soir du 1er tour. A cela, plusieurs raisons. On ne s’appelle pas « Couac » pour rester bouche bée devant tant de beaux discours et tant de belles promesses. En matière de Bau-dis Cours, Philippe Douste-Blazy savait y faire, et le Couac en 2001 avait pu se montrer à la hauteur de l’exercice (haute-voltige). En comparaison, il va sans dire que les candidats de 2008 font preuve d’une plus grande retenue. Trop ? Il semblerait car les acteurs sont en demande : de l’audace, de l’ambition. Même Olivier Poivre d’Arvor aurait besoin que Toulouse soit « bousculée ». D’ici 2013, peut-être ? Ça nous laisse 5 ans… Presque le temps d’un mandat municipal. Mais on peut supposer et craindre aux vues des premiers mois d’un autre mandat, celui de Nicolas Sarkozy, que les politiques publiques nationales – ou ce qu’il en reste –, auront quelques effets sur le terrain de jeu local (voir le manifeste en faveur de l’action culturelle et solidaire).
Nous sommes en 2008. Depuis 2001, le paysage politique a changé. Le paysage culturel, aussi. Le temps du bilan est venu. Il suppose un regard rétrospectif. Pour tous. Qu’avons-nous gagné, perdu, transformé ? Que s’est-il passé ?... ensuite où allons-nous ? et comment voulons-nous y aller ? Beaucoup de questions auxquelles il ne nous sera pas possible de répondre dans ces quelques pages…
Quelques réponses cependant. Le petit journal que vous tenez dans vos mains est le fruit d’une collaboration raisonnante et résonnante, diurne et nocturne, un travail d’écriture, de relecture et de mise en page effectué – décidément – dans l’urgence. Au Couac, la question d’un support d’information type « gazette » est un serpent de mer à sonnettes qui se nourrit d’année en année des frustrations des uns et des autres de ne pouvoir prendre ce temps nécessaire de jeter sur le papier idées, informations, recommandations, coups de cœur, coups de gueule, etc… Tout ce qui pourrait constituer au final ce que nous appelons dans le jargon de notre petit microcosme de la « ressource ». L’idée, c’est de faire en sorte que l'art et la culture soient des sujets sur lesquels les toulousains, (pas seulement les "acteurs culturels"), puissent avoir des éléments de compréhension et d'appréciation susceptibles de nourrir leur vision, leurs attentes, sur le rôle qu’ils (l’art et la culture, et les habitant-e-s de ce territoire) peuvent jouer dans le développement urbain. A partir de cette interrogation, d’autres abondent : comment les politiques culturelles font-elles résonner les enjeux de société ? Quel pourrait être le rôle de la culture dans la construction de la société de demain ? Quels enjeux à l’échelle du vivre-ensemble, à l’échelle d’une ville, d’une agglomération ou d’une communauté urbaine sommes-nous capable d’identifier ? Les acteurs culturels du Couac raisonnent mais n’en continuent pas moins de s’interroger sur eux-mêmes, sur les finalités qui les animent, sur la philosophie de leur action.
Voici un numéro zéro qui ne répond pas au final à ce que nous nous étions promis de réaliser. Tant pis ou tant mieux. Nous vous promettons d’autres rendez-vous. D’abord parce qu’on ne peut pas faire autrement. Ensuite, parce que l’état du paysage médiatique toulousain et le peu de cas qui est fait de ces aventures nous obligent à y prendre place, même très modestement (profitons en pour saluer la sortie d’un numéro 4 chez nos amis de Friture). Enfin parce que nous avons besoin de créer d’autres types d’aller-retour entre nous, entre les publics des structures culturelles, de varier des plaisirs pour construire quelque chose de « sérieux »… et aussi parce que l’avenir de la culture dans une société du savoir et de la connaissance ne peut nous laisser sans voix !
Pour s’inscrire dans cette campagne, il nous a paru bon de rappeler quelques épisodes du passé. Ils devraient faire écho. Nostalgique le Couac ? Non, exigeant. Le temps est précieux, la vie est courte. Ne nous trompons simplement pas de combat. Dans une de ses Tentatives de lucidité, Albert Jacquard, emprunte à Paul Valéry cette phrase célèbre « Deux dangers nous menacent : le désordre et l’ordre ». Il faudrait donc, écrit A. Jacquard, que la collectivité se dote aussi de « forces du désordre ». C’est à ce besoin que répondaient autrefois les bouffons du roi. Ils représentaient la subversion, la transgression, en ayant le privilège de prononcer des phrases que le roi ne permettait à aucun autre. Les périodes électorales pourraient être des occasions de faire revivre cette tradition… Nous en sommes persuadés. Et comme les périodes où l’on vote ne sauraient se substituer aux périodes où l’on pense, où l’on agit, où l’on construit, donnons-nous le droit de faire revivre cette tradition en divers lieux et diverses heures du jour et de la nuit, bref, aussi souvent que possible. A bon rézoneur…
Le 24 février 2001 au rendez-vous
lancé par le Couac, répondait une foule en liesse de plus de 10.000 personnes,
déambulant dans les rues de Toulouse dans un défilé-mascarade monstre, festif,
chaleureux, inventif, citoyen, ouvert à tous, un carnaval pirate et politique
qui ne devait rien à la municipalité en place. Le Couac qui réunissait
déjà des structures et des équipes - L’Usine, Mix’Art Myrys, Fédercie
Midi-Pyrénées, le Tactikollectif, Samba Résille, CCA Terre Blanque, la
Grainerie, Pluriel, Guernica, le Collectif des compagnies des arts du cirque,
Utopia et bien d’autres -, avec l’ensemble* des acteurs de cette folle journée
défendait l’idée d’une culture d’utilité publique qui garantisse la liberté de
création, se mêlant déjà de politiques culturelle mais aussi sociale, contre le
pouvoir de l’argent, le mépris des exclus, les fausses promesses, la
dépossession de notre espace vital, le carriérisme arrogant et les « beaux
dis…cours…Baudis Court ! », un refrain bien connu qui revenait alors en
mémoire.