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jeudi 13 mars 2008

Une politique culturelle ouverte, respectueuse et imaginative, c’est possible

Le dynamisme et la reconnaissance de Toulouse passera par une offre culturelle élargie, financée et audacieuse. Elle doit profiter à tous les habitants, du centre ville aux quartiers périphériques ainsi qu’à tous les acteurs culturels. A partir de mots clés, voici plusieurs propositions (forcément non exhaustives) aux futurs élus pour aller plus loin et mieux faire.

A comme ambition : les grands évènements ont leur rôle à jouer de par leur capacité à rassembler, à créer de l’imaginaire et du festif. Ils ne doivent pas exclure des actions à plus long terme comme par exemple, le travail en association avec des acteurs locaux, ainsi que des résidences d’artistes ou d’auteurs d’envergure internationale invités non seulement à présenter leurs œuvres mais aussi à partager avec les habitants et les acteurs culturels d’ici.

C comme confiance : il faut redonner une confiance et une place dans la cité aux habitants des quartiers populaires et impulser un tissu culturel autour duquel puissent se réunir de nouveau les habitants de tous les quartiers. En témoigne l’engouement des populations pour les évènements autour des arts d’extérieurs, des arts nomades, des arts engagés et non institutionnels.

C comme conseil des arts et de la culture : il s’agirait d’harmoniser l’offre et les moyens disponibles sur l’ensemble du territoire toulousain, dans une notion de partage et de propositions. Ce conseil dont le principe de renouvellement devra être posé et respecté, réunirait les compagnies et les établissements conventionnés, les représentants d’artistes et d’organisations syndicales, d’acteurs associatifs et de réseaux culturels, des lieux de diffusion, de répétitions, de résidence, d’animation, des secteurs de l’animation sociale et culturelle, d’architectes, etc. Ce conseil des arts et de la culture pourrait être consulté sur toutes les décisions engageant la politique culturelle de la ville.

D comme décloisonner : en s’appuyant sur l’ensemble de l’existant (les projets culturels et socio-culturels et les équipes qui les portent), en mettant en relation élus et réseaux d’acteurs, professionnels et amateurs, personnels municipaux et extra-municipaux, artistes et médiateurs, lieux institutionnels et lieux indépendants, on pourrait espérer que la culture ne soit plus considérée et abordée comme un secteur autonome du reste, comme c’est trop souvent le cas, mais comme le lieu idéal pour décloisonner une société atomisée et repliée sur elle-même.

D comme durable : sans aide à la création et à la diffusion des artistes, il n’y a pas de culture. Ces aides ne peuvent pas être seulement ponctuelles mais s’inscrire, dans le cadre d’une convention, dans la durée si nécessaire. Des aides au fonctionnement devraient aussi permettre à de nouveaux lieux, à des structures de création de taille modeste d’avoir une gestion saine et prévoyante de leurs équipements, condition sine qua non pour qu’elles puissent se réapproprier le travail artistique de fond. L’aide financière doit intervenir dès qu’elle est attribuée.

E comme expérimenter : Avant d’être en haut (de l’affiche), n’est-on pas en bas au préalable ? C’est pourquoi tous les acteurs artistiques doivent être considérés à partir de leur projet, quel que soit leur mode d’expression. Au critère d’excellence artistique, préférons celui d’exigence. Un artiste, peut-être un peu moins « excellent » qu’un autre, pourra être plus intéressant sur son territoire s’il développe d’autres atouts : la sensibilisation, l’éducation artistique, la mise en relation. Il convient de développer et d’aider les lieux d’expérimentation qui soient, entre autres, un banc d’essai pour des groupes, des troupes, des plasticiens, etc. qui, avec leurs créations, ambitionnent de prendre un chemin professionnel.

F comme filières d’enseignement : le but est de favoriser le maillage entre les différents établissements et centres de formation, de la formation initiale aux centres spécialisés jusqu’à l’université et la recherche.

I comme ingénieur ?

L comme lieux : qu’ils soient indépendants ou associatifs, la ville compte de nombreux lieux qui disposent de salariés compétents. Il est nécessaire de leur donner les moyens de travailler, en termes financiers bien sûr, et de leur laisser la liberté de programmer et de communiquer. Qu’il s’agisse de scènes de proximité et de découverte, d’espaces d’expérimentations et de rencontres, ces lieux doivent être aidés afin d’améliorer les conditions d’accueil du public et des artistes (rémunérés pour leur production). Il s’agirait également d’y faire se rencontrer davantage, mais sans les confondre, pratiques amateurs et professionnelles dans un but d’émulation artistique, de développements des publics en tenant compte des nouvelles conditions d'accès à l'art et à la culture.

O comme offre : l’accès à l’offre culturelle peut être favorisé par une politique de tarifs et d’accompagnement, pas seulement en direction des équipements institutionnels (musées, théâtres, etc.) mais aussi vers les petites structures.

P comme partage : la culture se partage avec l’ensemble des citoyens. Cela suppose de s’intéresser aux pratiques artistiques et culturelles des populations laissées sur le bord de la route. Depuis l’ensemble des cultures urbaines, hip hop, rap, slam, graf’, aux musiques actuelles, contemporaines, improvisées, en passant par le nouveau cirque, les arts d’intervention urbaine, la création audiovisuelle mais aussi les formes hybrides interdisciplinaires ou l’ensemble des pratiques liées aux nouvelles technologies. Il est possible de s’inspirer d’expériences réussies ailleurs, comme les rencontres de la Villette qui conjuguent la prise en compte les pratiques des nouvelles générations, la détection de talents, les passerelles avec les autres arts. Là encore, la vigilance est de mise pour ne pas réduire ces formes d’expression à une culture de seconde zone (« l’Opéra au Capitole, le Hip Hop dans les quartiers »)

R comme répartition : il s’agirait de revoir la carte de la distribution des crédits vers l’ensemble des structures et ainsi avoir le courage de remettre en cause le financement des équipements budgétivores. Une nouvelle répartition des financements publics en faveur des associations constituerait pour elles le bol d’oxygène suffisant et modifierait en profondeur le paysage culturel urbain.

S comme salles : des quartiers doivent être pourvus de salles de spectacle afin de promouvoir la formation, la création et la diffusion. Cela devrait aussi permettre d’encourager des projets transversaux entre acteurs culturels et acteurs sociaux. L’idée serait aussi de former des jeunes des quartiers à des emplois autour de la médiation entre les artistes, les équipes artistiques et les habitants.

à enrichir...

Propositions recueillies à partir des contributions de (liens vers le site du Couac)

remises en forme par Thierry Maillard et Fred Ortuño.

Toulouse 2013 : comment rater les grandes occasions ?

Le 11 février 2008 le Couac organise une rencontre tentant de mettre en dialogue les représentants de l’association Toulouse 2013 (élu(e)s et salariés dont Olivier Poivre d’Arvor, directeur) et un certain nombre d’acteurs (salle quasi-comble). Sous-titre « Toulouse veut faire sa CEC (Capitale Européenne de la Culture) ». Par le passé, au temps des emplois aidés, CEC signifiait Contrat Emploi Consolidé. Fin d’une époque ?...

Dessin Joap Ramond

Ce débat public a été l’occasion d’assister à l’expression de deux logiques qui, telles qu’elles ont été appréhendées, s’avèrent antagonistes. Celle d’un Poivre d’Arvor super compétiteur dans une super urgence de temps et un super boulot de lobbying à faire avec un super carnet d’adresses. Celle du Couac et de nombre d’acteurs tentant d’inscrire dans la durée et le temps la mise en synergie des acteurs et des habitant-es pour une ambition partagée et la production de sens.

Cette opposition se traduisait alors par du « vous ne vous rendez pas compte… vous ne pouvez pas comprendre… je peux arrêter aussi » asséné par un Poivre d’Arvor agacé, excédé, fébrile, tel l’enfant gâté se sentant incompris.

Nous croyons pourtant encore, Mr Poivre, à la complémentarité, voire au judicieux de ces deux logiques pour « l’emporter » et ce aux vues du cahier des charges officiel qui repose sur l’implication des citoyens et le caractère durable de l’événement. Extrait dudit cahier : « une capitale attractive et participative… bien au-delà d’un feu d’artifice éphémère d’événements culturels… »

Et bien non il n’en sera rien, chers citoyens et chers collègues, laissons faire les grands de ce monde, bien plus au courant que nous de comment se font ces choses-là, pauvres petits que nous sommes. L’équipe 2013, son capitaine en tête se gosse de la réussite de Lille 2004, de ce qu’il faut donc faire avec moins de temps et plus de compétition. Il est alors évident que valoriser un existant qualifiable d’ « underground », parce que très peu pris en compte par l’institution, témoin de l’esprit libertaire propre à Toulouse (y compris historique) ne peut constituer pour Mr Poivre des arguments à la hauteur de la compétition.

Les 430 millions d’euros d’investissements prévus seront une fois encore destinés à de grandes vitrines (parfois nécessaires) : entre autre une Cité de la danse (enfin Annie Bozzini aura un vrai outil que ne lui piquera pas Jacky Ohayon), un auditorium avec un grand geste architectural pour conserver un jeune chef de talent avant qu’il ne se barre, une Cité des Cultures du Monde au Mirail parce qu’il est bien vu de s’occuper des quartiers populaires et qu’en plus le gendre du Préfet actuel pourrait en être le directeur parce que lui, contrairement aux gens du cru, aurait les capacités de, la prison St-Michel et ses ambitions internationales, vive l’international, soyons expansionnistes, soyons Grands !

Et pourtant sans ancrage local votre expansion, vos ambitions seront du vent comme nombre de Maisons Folies de Lille 2004. Marseille, de l’avis de tous, the compétiteur sérieux, a su valoriser et mettre en avant l’association des acteurs du cri très en amont. Même si c’est beaucoup sur le papier, au moins c’est énoncé, et cela prouverait que nous ne nous trompons guère.

Soyez donc de 2004, Mr Poivre, nous nous sommes de notre temps, en état d’urgence permanent, tentant de vaincre les archaïsmes de l’élitisme pareils à ceux du populisme.

Et si le poivre pique un instant, le goût du sel lui reste, nous sommes et serons le sel, ne vous en déplaise.

NB : suite entre autre à cette rencontre, l’équipe 2013 reçoit les acteurs. N’hésitons pas, bousculons-nous au portillon et l’on s’en recause.

Ne laissons pas mourir l'action culturelle et solidaire sous Sarkozy

En raison de la politique actuelle du gouvernement qui vise de façon très claire à décharger l'État de ses missions de service public dans tout le tissu associatif de l'action culturelle et plus largement dans le secteur de l'économie solidaire, les Éditions de l'Attribut lancent un "manifeste pour l'action culturelle et solidaire" destiné à recueillir une large adhésion en vue d'une résistance active et propositionnelle, aux côtés des collectivités territoriales.

Ne laissons pas mourir l’action culturelle et solidaire sous Sarkozy

Il existe en France un secteur d’activité d’une incroyable diversité et d’une effervescence continue, menacé de précarité et de disparition par la politique du nouveau Président de la République.

Créateur de lien social et d’emplois, le tissu associatif culturel contribue à l’épanouissement des individus, encourage leur créativité et leur émancipation en plaçant l’humain au centre de ses préoccupations. Ce secteur de l’action artistique et culturelle déploie, sur tous les territoires où il agit, une vision sensible du monde. Dans des domaines aussi divers que les cultures urbaines (danse hip hop, rap, slam…), les musiques actuelles, les musiques savantes, le cirque, les arts de la rue, les arts plastiques, la danse, le théâtre, la marionnette, les arts numériques, le cinéma, la vidéo, la littérature, etc., une multitude de projets, de lieux et d’organismes favorisent les initiatives de création, diffusent les œuvres, multiplient les démarches d’éducation artistique et culturelle, encouragent les pratiques en amateur, dans un souci constant de concertation et de partage avec la population de leur territoire. C’est ainsi que des catégories sociales, qui restent souvent à l’écart des lieux culturels intimidants, se retrouvent impliquées d’une manière ou d’une autre dans des projets qui génèrent de la confiance, accroissent leur capacité à décoder le monde et à agir.

Ces initiatives qui s’inscrivent dans une logique de territoire, en milieu rural ou urbain, se développent souvent en coopération avec d’autres acteurs sociaux ou économiques, de telle sorte qu’en plus de leur richesse artistique et culturelle, elles jouent un rôle essentiel de dynamisme économique local, régional ou national. Inscrites le plus souvent dans le champ de l’économie solidaire et du « tiers secteur », elles en révèlent tout le potentiel direct et renforcent l’idée que ce secteur favorise, toujours et partout, l’intégration du long terme et de la dimension humaine dans la vie socio-économique. Certaines de ces initiatives encouragent aussi les relations internationales dans un esprit de coopération avec leurs partenaires étrangers.

Du néolibéralisme affirmé à la stigmatisation des populations immigrées en passant par une concentration des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques, la politique conduite par le Président de la République est en radicale opposition avec les valeurs portées par celles et ceux qui ont choisi de s’engager dans l’action culturelle et populaire. Le démantèlement en cours du service public, les baisses budgétaires dans les domaines de la culture, de l’éducation, de l’économie solidaire et sociale, l’encouragement à la seule économie marchande, fragilisent chaque jour un peu plus, financièrement et symboliquement, l’ensemble de ces acteurs et de ce champ d’intervention, alors qu’ils sont déjà en situation de précarité. Les conséquences dramatiques de cette évolution, en termes de dessèchement des rapports humains et de perte de vitalité de notre société, sont beaucoup trop dangereuses pour que nous ne prenions pas part à une contre-offensive résolue en faveur du développement, sur l’ensemble du territoire national, d’une activité culturelle sachant mettre en relation les équipes artistiques et la population. Plus que jamais, l’action culturelle et solidaire apparaît comme un solide antidote aux dérives néolibérales qui menacent à la fois la vie artistique, la richesse de notre culture et la vigueur de notre société.

Six propositions d’urgence pour l’action culturelle et solidaire

  • Augmenter le budget du Ministère de la Culture et de la Communication en orientant de façon prioritaire les nouveaux fonds vers les équipes professionnelles qui s’impliquent directement dans une action artistique et culturelle territoriale,
  • Inciter les collectivités territoriales à soutenir particulièrement les projets artistiques et culturels qui se construisent avec les habitants ;
  • Favoriser des conventions croisées entre les DRAC, les collectivités territoriales et les entreprises culturelles qui conduisent des actions locales d’émancipation, afin que l’Etat cofinance ces initiatives ;
  • En vertu du principe d’égalité républicaine, exiger de l’Etat qu’il mette en œuvre une politique d’aménagement culturel du territoire, en distribuant les moyens de l’action artistique et culturelle en fonction de considérations démographiques, du niveau de revenu moyen des habitants et du souci de redynamiser les territoires les plus délaissés, économiquement et socialement ;
  • Aider le tiers secteur culturel par des dégrèvements fiscaux, des cautions bancaires et des mécanismes de soutien à la gestion. En raison de ses qualités de réactivité et d’ouverture sur la société, ce secteur pourrait aussi bénéficier d’un fond d’aide à l’initiative culturelle et solidaire ;
  • Mettre en œuvre un principe de continuité des droits sociaux et culturels qui seraient directement attachés à la personne elle-même et non au statut relatif à l’emploi, présent ou passé.

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