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dimanche 29 mars 2009

Rio sans Locaux

Convaincus de l’intérêt d’organiser une manifestation majeure sur le thème du Maghreb, bon nombre d’artistes, d’acteurs culturels et associatifs souhaitaient participer à Rio Loco cette année, en proposant des projets qui valorisent à la fois les cultures des différents pays et aussi celles des populations issues de l’immigration fortement représentées sur notre territoire.

C’était l’occasion idéale de rassembler le plus grand nombre pour valoriser la diversité culturelle à partir de différentes formes d’expressions ; de proposer des espaces de débats, d’échanges et de rencontres autour de l’Histoire et des histoires, de la mémoire et des mémoires... bref, d’offrir des lieux d’expression dans l’espace public et ainsi tisser des liens forts avec les quartiers et les citoyens. Émanation des pratiques culturelles d’un système révolu, fondé sur le clientélisme, l’opacité budgétaire et l’effet de vitrine, Rio Loco, tel qu’il est conçu et organisé aujourd’hui est loin de traduire la volonté actuelle de faire de la culture un outil de dialogue, une passerelle entre les différents territoires et populations de la ville.

Cette année plus particulièrement, Rio Loco nous présente un échantillon des pays du Maghreb et leurs populations comme une carte postale, touristique ou folklorique, niant ainsi l’histoire de ces pays et celle qui les lie à la France. La diversité culturelle ainsi que l’expression des artistes locaux sont maintenues dans leur marginalité habituelle.

Rio Loco annonce sur sa communication qu’il « fait reculer les frontières entre les peuples ». Nous avons le regret de répondre qu’il « renforce la fracture territoriale entre Toulouse-centre et ses quartiers. »

Ces choix arbitraires ne peuvent être perçus comme un oubli. Notre perception du Maghreb et de la réalité locale ne se réduit pas à une programmation d’artistes si brillants soient-ils. Nous refusons de cautionner la gestion d’un tel événement qui ne semble pas servir l’intérêt général.

Dans la continuité des orientations de la nouvelle équipe municipale, nous voulons un festival d’ouverture, de proximité, de liberté et de curiosité, ouvert sur les cultures locales et le monde : l’occasion d’un vrai moment d’échange et de convivialité rayonnant sur tous les territoires.

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jeudi 20 mars 2008

Poivre et Sel

Le coordinateur de Mix'Art Myrys, Joël Lécussan pour ne pas le nommer, ne m'en voudra pas trop de reprendre un peu de Poivre et de remettre un peu de sel là où il en avait assurément mis déjà suffisamment. Voilà que l'on reparle donc d'Olivier Poivre d'Arvor. Un papier dans le Monde, un autre dans le Figaro, encore un en première page de LibéToulouse. Même France Inter, hier matin avec Vincent Josse s'y est mis.

Villa_Medicis.jpgDéçu, fâché. Et décidé à le faire savoir, peut-on lire dans le Monde. Olivier Poivre d'Arvor, directeur de Culturesfrance, l'agence française d'échanges culturels internationaux, n'a pas apprécié du tout la nomination de Georges-Marc Benamou à la tête de la Villa Médicis. Dans une lettre à Nicolas Sarkozy, écrite mardi 18 mars et transmise à la presse dans la foulée, le diplomate use d'un langage fort peu diplomatique pour dénoncer le choix par le président de son propre conseiller à la culture pour occuper ce poste prestigieux. Pourquoi donc Olivier Poivre d'Arvor est-il déçu ? Parce que ça devait être lui. La Villa, c'était pour lui. Georges-Marc le lui avait promis.

J'ai lu la lettre qu'OPDA a sobrement intitulée "Benamou m'a tué" et publiée sur le site Bibliobs. De larges extraits ont été repris un peu partout. Ne serait-ce que depuis le coup de Times titrant il y a quelques mois sur la mort de la culture française et la vivacité au moins dans la forme avec laquelle OPDA avait cru bon de devoir réagir (publiant un cahier spécial dans la lettre de Culturesfrance, se faisant inviter un peu partout), on connaissait déjà les capacités d'un Poivre à faire jouer ses relations médiatiques. Ce n'est pas là où je veux en venir.

A en croire encore une fois le principal intéressé, il faut savoir mettre de côté sa propre déception. Le plus important dans cette affaire, c'est la manière dont on appréhende la culture, c'est la déontologie avec laquelle un vrai professionnel de la culture devrait faire son métier, c'est la difficulté manifeste de sortir des affaires de pouvoir (Sarkozy lui-même semblait pourtant vouloir faire table rase...). Non décidément, OPDA est un chevalier blanc. Cette nomination provoque au delà de ma personne et dans les milieux professionnels, un sentiment de malaise. Pour preuve, citant toujours dans le Monde les intentions de l'ex-conseiller de profiter de son séjour à Rome pour "revenir à ses activités d'écriture et de cinéma", M. Poivre d'Arvor s'étrangle : "Georges-Marc Benamou semble étrangement confondre la situation de pensionnaire avec la fonction de directeur. Il oublie que cette fonction n'a rien d'honorifique ou de prestigieux mais représente un véritable engagement professionnel à plein temps."

Vraiment, qui pourrait contredire le directeur de Culturesfrance (opérateur délégué des ministères des Affaires étrangères et de la culture et de la communication pour les échanges culturels internationaux, en charge à ce titre de la diffusion de la culture française à l’étranger et de l’organisation des Saisons étrangères en France), l'écrivain, l'essayiste, le philosophe, le diplomate en mission dans de nombreux services culturels à l'étranger, le commissaire général et directeur artistique du projet "Toulouse 2013" qu'il faut, vraiment, savoir se consacrer pleinement à la tache de directeur... ?

Autre question subsidiaire : quand (et où ?) diable OPDA a-t-il pu trouver le temps de rédiger un projet pour son dossier de candidature à... la Villa Médicis ?

jeudi 13 mars 2008

La Culture avec un grand C

C comme Couac - édito

A l’occasion de ce nouveau temps électoral local, le Couac ne pouvait s’empêcher de troubler l’harmonieuse mélodie des sondages, le doux chant des urnes au soir du 1er tour. A cela, plusieurs raisons. On ne s’appelle pas « Couac » pour rester bouche bée devant tant de beaux discours et tant de belles promesses. En matière de Bau-dis Cours, Philippe Douste-Blazy savait y faire, et le Couac en 2001 avait pu se montrer à la hauteur de l’exercice (haute-voltige). En comparaison, il va sans dire que les candidats de 2008 font preuve d’une plus grande retenue. Trop ? Il semblerait car les acteurs sont en demande : de l’audace, de l’ambition. Même Olivier Poivre d’Arvor aurait besoin que Toulouse soit « bousculée ». D’ici 2013, peut-être ? Ça nous laisse 5 ans… Presque le temps d’un mandat municipal. Mais on peut supposer et craindre aux vues des premiers mois d’un autre mandat, celui de Nicolas Sarkozy, que les politiques publiques nationales – ou ce qu’il en reste –, auront quelques effets sur le terrain de jeu local (voir le manifeste en faveur de l’action culturelle et solidaire).

Nous sommes en 2008. Depuis 2001, le paysage politique a changé. Le paysage culturel, aussi. Le temps du bilan est venu. Il suppose un regard rétrospectif. Pour tous. Qu’avons-nous gagné, perdu, transformé ? Que s’est-il passé ?... ensuite où allons-nous ? et comment voulons-nous y aller ? Beaucoup de questions auxquelles il ne nous sera pas possible de répondre dans ces quelques pages…

Quelques réponses cependant. Le petit journal que vous tenez dans vos mains est le fruit d’une collaboration raisonnante et résonnante, diurne et nocturne, un travail d’écriture, de relecture et de mise en page effectué – décidément – dans l’urgence. Au Couac, la question d’un support d’information type « gazette » est un serpent de mer à sonnettes qui se nourrit d’année en année des frustrations des uns et des autres de ne pouvoir prendre ce temps nécessaire de jeter sur le papier idées, informations, recommandations, coups de cœur, coups de gueule, etc… Tout ce qui pourrait constituer au final ce que nous appelons dans le jargon de notre petit microcosme de la « ressource ». L’idée, c’est de faire en sorte que l'art et la culture soient des sujets sur lesquels les toulousains, (pas seulement les "acteurs culturels"), puissent avoir des éléments de compréhension et d'appréciation susceptibles de nourrir leur vision, leurs attentes, sur le rôle qu’ils (l’art et la culture, et les habitant-e-s de ce territoire) peuvent jouer dans le développement urbain. A partir de cette interrogation, d’autres abondent : comment les politiques culturelles font-elles résonner les enjeux de société ? Quel pourrait être le rôle de la culture dans la construction de la société de demain ? Quels enjeux à l’échelle du vivre-ensemble, à l’échelle d’une ville, d’une agglomération ou d’une communauté urbaine sommes-nous capable d’identifier ? Les acteurs culturels du Couac raisonnent mais n’en continuent pas moins de s’interroger sur eux-mêmes, sur les finalités qui les animent, sur la philosophie de leur action.

Voici un numéro zéro qui ne répond pas au final à ce que nous nous étions promis de réaliser. Tant pis ou tant mieux. Nous vous promettons d’autres rendez-vous. D’abord parce qu’on ne peut pas faire autrement. Ensuite, parce que l’état du paysage médiatique toulousain et le peu de cas qui est fait de ces aventures nous obligent à y prendre place, même très modestement (profitons en pour saluer la sortie d’un numéro 4 chez nos amis de Friture). Enfin parce que nous avons besoin de créer d’autres types d’aller-retour entre nous, entre les publics des structures culturelles, de varier des plaisirs pour construire quelque chose de « sérieux »… et aussi parce que l’avenir de la culture dans une société du savoir et de la connaissance ne peut nous laisser sans voix !

Pour s’inscrire dans cette campagne, il nous a paru bon de rappeler quelques épisodes du passé. Ils devraient faire écho. Nostalgique le Couac ? Non, exigeant. Le temps est précieux, la vie est courte. Ne nous trompons simplement pas de combat. Dans une de ses Tentatives de lucidité, Albert Jacquard, emprunte à Paul Valéry cette phrase célèbre « Deux dangers nous menacent : le désordre et l’ordre ». Il faudrait donc, écrit A. Jacquard, que la collectivité se dote aussi de « forces du désordre ». C’est à ce besoin que répondaient autrefois les bouffons du roi. Ils représentaient la subversion, la transgression, en ayant le privilège de prononcer des phrases que le roi ne permettait à aucun autre. Les périodes électorales pourraient être des occasions de faire revivre cette tradition… Nous en sommes persuadés. Et comme les périodes où l’on vote ne sauraient se substituer aux périodes où l’on pense, où l’on agit, où l’on construit, donnons-nous le droit de faire revivre cette tradition en divers lieux et diverses heures du jour et de la nuit, bref, aussi souvent que possible. A bon rézoneur…

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