Toulouse 2013 : comment rater les grandes occasions ?
Par Joël Lécussan le jeudi 13 mars 2008, 12:10 - réZone#0 [mars 2008] - Lien permanent
Le 11 février 2008 le Couac organise une rencontre tentant de mettre en dialogue les représentants de l’association Toulouse 2013 (élu(e)s et salariés dont Olivier Poivre d’Arvor, directeur) et un certain nombre d’acteurs (salle quasi-comble). Sous-titre « Toulouse veut faire sa CEC (Capitale Européenne de la Culture) ». Par le passé, au temps des emplois aidés, CEC signifiait Contrat Emploi Consolidé. Fin d’une époque ?...

Ce débat public a été l’occasion d’assister à l’expression de deux logiques qui, telles qu’elles ont été appréhendées, s’avèrent antagonistes. Celle d’un Poivre d’Arvor super compétiteur dans une super urgence de temps et un super boulot de lobbying à faire avec un super carnet d’adresses. Celle du Couac et de nombre d’acteurs tentant d’inscrire dans la durée et le temps la mise en synergie des acteurs et des habitant-es pour une ambition partagée et la production de sens.
Cette opposition se traduisait alors par du « vous ne vous rendez pas compte… vous ne pouvez pas comprendre… je peux arrêter aussi » asséné par un Poivre d’Arvor agacé, excédé, fébrile, tel l’enfant gâté se sentant incompris.
Nous croyons pourtant encore, Mr Poivre, à la complémentarité, voire au judicieux de ces deux logiques pour « l’emporter » et ce aux vues du cahier des charges officiel qui repose sur l’implication des citoyens et le caractère durable de l’événement. Extrait dudit cahier : « une capitale attractive et participative… bien au-delà d’un feu d’artifice éphémère d’événements culturels… »
Et bien non il n’en sera rien, chers citoyens et chers collègues, laissons faire les grands de ce monde, bien plus au courant que nous de comment se font ces choses-là, pauvres petits que nous sommes. L’équipe 2013, son capitaine en tête se gosse de la réussite de Lille 2004, de ce qu’il faut donc faire avec moins de temps et plus de compétition. Il est alors évident que valoriser un existant qualifiable d’ « underground », parce que très peu pris en compte par l’institution, témoin de l’esprit libertaire propre à Toulouse (y compris historique) ne peut constituer pour Mr Poivre des arguments à la hauteur de la compétition.
Les 430 millions d’euros d’investissements prévus seront une fois encore destinés à de grandes vitrines (parfois nécessaires) : entre autre une Cité de la danse (enfin Annie Bozzini aura un vrai outil que ne lui piquera pas Jacky Ohayon), un auditorium avec un grand geste architectural pour conserver un jeune chef de talent avant qu’il ne se barre, une Cité des Cultures du Monde au Mirail parce qu’il est bien vu de s’occuper des quartiers populaires et qu’en plus le gendre du Préfet actuel pourrait en être le directeur parce que lui, contrairement aux gens du cru, aurait les capacités de, la prison St-Michel et ses ambitions internationales, vive l’international, soyons expansionnistes, soyons Grands !
Et pourtant sans ancrage local votre expansion, vos ambitions seront du vent comme nombre de Maisons Folies de Lille 2004. Marseille, de l’avis de tous, the compétiteur sérieux, a su valoriser et mettre en avant l’association des acteurs du cri très en amont. Même si c’est beaucoup sur le papier, au moins c’est énoncé, et cela prouverait que nous ne nous trompons guère.
Soyez donc de 2004, Mr Poivre, nous nous sommes de notre temps, en état d’urgence permanent, tentant de vaincre les archaïsmes de l’élitisme pareils à ceux du populisme.
Et si le poivre pique un instant, le goût du sel lui reste, nous sommes et serons le sel, ne vous en déplaise.
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