Rio Loco : changements ou continuité ?
Par Le Couac le lundi 29 juin 2009, 16:35 - [rio-loco] - Lien permanent
Rio Loco vient de s’achever. Pour faire suite à l’appel «Rio Sans Locaux» porté par des artistes, associations, acteurs culturels dès le mois de mars, et pour alimenter le débat sur le cadre, la portée et l’ambition d’un tel événement (municipal, faut-il le rappeler), le COUAC, Collectif Urgence d’Acteurs Culturels souhaite apporter ces quelques précisions.
Pourquoi se mobiliser
Nous aimons et nous voulons faire la fête. Nous aimons et nous voulons écouter et chanter toutes les musiques… Notre curiosité est grande de sons, de textes, de rythmes, de mélodies, d’images, d’histoires d’ici et d’ailleurs, et d’artistes, poètes, compositeurs, musiciens pour les créer et les transmettre ; de lieux et de moments pour réunir et en faire part au plus grand nombre, dans un mouvement qui peut embrasser à la fois la pensée et l’émotion.
Nous savons que la réussite de tels événements passe par un savant mélange de convivialité, d’exigence artistique et de complicité, par le talent conjugué des artistes et celui du public rassemblé. Par une obstination certaine, de tout instant, tant les résistances sont nombreuses : économiques, sociales, culturelles, éducatives, politiques, générationnelles ou qu’elles soient induites par le désintérêt, la méconnaissance la peur, la solitude, l’habitude, l’enfermement sur soi, etc… Considérer avant autant de respect et d’attention tous les acteurs d’un festival (qu’il s’agisse des artistes, auteurs, équipes techniques, partenaires, publics, bénévoles…) est sans doute la clé de voûte du « succès ».
Un élément d’importance réside encore dans la cohérence travaillée au corps d’une manifestation qui veut « faire événement », autrement dit laisser une trace. Comment ? En précisant son propos : sur quoi veut-elle faire porter l’attention ? Puis en s’en donnant les moyens… Rio Loco (et avant le festival Garonne) annonce depuis des années son attachement « à refléter la richesse et la variété culturelle des pays ou régions du monde invités ». Une promesse aussi large pose nécessairement questions : comment ? pourquoi ? l’objectif est-il atteint ?
Le texte « Rio sans Locaux » qui émane d’un certain nombre d’acteurs culturels et d’artistes, rejoints par d’autres citoyens, n’est ni une pétition pour supprimer purement et simplement Rio Loco, ni un appel pour « quémander » une place dans cette manifestation.
Notre protestation est née d’une lassitude à construire et proposer des croisements interculturels avec les artistes professionnels, les publics et les pratiquants amateurs de cultures d’origines diverses tout au long de l’année, sans que ce travail soit entendu et pris en compte par les organisateurs de Rio Loco en amont du festival. Ces aspects sont, pour eux, considérés comme supplétifs, des prétextes d’animations traités après avoir investi le temps et l’argent pour les grosses productions, en fonction du temps et de l’argent disponible… Si nous nous félicitons au passage que certains artistes que nous avions proposés aient été finalement programmés tout récemment, nos réserves (qui ne datent pas d’aujourd’hui, cf. Le Marathon des Mots) quant aux grands évènements spectaculaires et largement dotés, fonctionnant soit en régie directe, soit principalement financés par la Ville de Toulouse, sont aussi proportionnelles à l’impatience qu’a généré l’absence historique d’une réelle prise en compte du tissu culturel local.
Cette impatience a mûri durant le temps consacré par l’ancienne municipalité à combler certains retards en matière d’équipements. Et les attentes sont toujours vives même si la volonté politique nouvelle qui cherche à s’exprimer dans le déploiement du travail à réaliser est sans doute porteuse de changement.
Les signataires de ce texte adhèrent à cette démarche et sont prêts à participer aux propositions de « métamorphoses » annoncées par la nouvelle équipe municipale : « Les grands évènements existants verront leurs missions redéfinies afin qu’ils soient plus ancrés sur le territoire toulousain et qu’ils travaillent en synergie avec le tissu culturel local » (p14 du projet culturel).
Encore faut-il aller au bout des intentions affirmées.
Quel projet pour Rio Loco ?
« Depuis 1995, la Garonne est chaque année le lieu de rendez-vous pour une semaine de partage populaire et festif sur les berges de la Prairie des Filtres. Associant musiques, spectacles jeune public, arts visuels, cinéma de plein air, gastronomie, artisanat… ce festival international des musiques du monde s’attache à refléter la richesse et la variété culturelle des pays ou régions du monde invité. » (Identité du festival, site web: http://www.rio-loco.org/identite.php).
Un festival de cette ampleur, porté par la municipalité, ne peut réduire sa légitimité ni sur l’importance en nombre du public qu’il mobilise, ni sur le prétexte du « spectaculaire ». Quant au « populaire », l’intention est certainement noble de chercher à en atteindre la complexe réalité, à condition, là encore, de ne pas se payer de mots. La valorisation d’autres cultures et l’ouverture à l’autre ne peuvent se réduire à refléter… une vitrine touristique et/ ou folklorique, même excellente.
Comment est choisie et pensée la thématique du festival ?
A quoi sert ce festival ? A qui sert-il ? Quelle est l’action recherchée sur les publics ?
Comment travaille-t-il avec les artistes, avant, pendant et après ?
Comment nous informe-t-il des conditions de création dans chacun des pays ou régions du monde invité ?
Comment réinterroge-t-il l’économie d’un secteur ? Quelle est son action sur les filières de production ? Comment influence-t-il les professionnels ? les diffuseurs ? les médias ?
Quelle ouverture à la jeune création et aux structures émergentes ?
Quel travail de co-construction avec les acteurs de la cité ?
Ou se situe le travail sur la durée ? Qu’en reste-t-il ?
Que véhicule-t-il comme valeurs ?
Autant de questions que nous souhaitons poser en débat public.
Quels moyens ?
Plus d’un million d’euros, sans compter les coûts de fonctionnement de l’équipe de 9 permanents à l’année, les apports en services techniques et la fameuse « Association des Amis de Rio Loco » !
Toutes les structures (petites ou grandes) qui gèrent de l’argent public sont tenues à la transparence, et heureusement !
Alors pourquoi pas Rio Loco qui est sur une gestion directe Mairie de Toulouse ?
Quelle transparence sur la gestion de l’argent public ?
Quels choix politiques sur les répartitions des coûts ?
Quelles retombées économiques ?
Avec un tel budget, comment se fait-il que les artistes qui se produisent dans les bars soient payés par les bars (quand ils ont les moyens), ou soient payés à l’entrée ou au chapeau ?
Qu’en-est-il de cette association des « Amis de Rio Loco » pour laquelle aucune information ne transparait alors qu’elle est conventionnée par la Ville de Toulouse ?
Dans le même temps, bon nombre d’autres festivals continuent tant mal que bien à défendre des valeurs symboliques fédératrices; continuent d’inventer des projets sur la durée qui visent à transformer les rapports humains et sociaux et continuent de résister à la précarité des moyens avec des budgets qui représentent même pas 1/10ème du budget de Rio Loco. Ceci est dit en mesurant bien et en évitant de tomber dans la caricature qui sous-tendrait que seuls les « petits » festivals sont porteurs de sens, font résonner justement et fortement les enjeux de société, tandis que les « gros » en seraient incapables !
C’est sous cette condition et ce rappel que peuvent donc se poser les questions des choix politiques, de l’équité et des répartitions budgétaires
Changement ou continuité ?
Rio Loco a fait ses choix pour 2009, sans changement manifeste. Nous affirmons les nôtres en refusant de participer à cet évènement qui ne sert pas la démocratie culturelle, au sens de fabrique d’une conception nouvelle ou différente du vivre-ensemble, c’est-à-dire une aventure dont l’émotion, l’altérité, l’expérience, etc, nous modifient.
Nous restons évidemment mobilisés et disponibles pour donner corps à cette ambition d’une culture en mouvement.
Commentaires
rarement lu un texte aussi grotesque. On sent les adeptes neo-dirigistes contemporains dans toute leur splendeur. Il veulent opérer des "effets", des "modifications" sur le public, leur "émotion et expérience de l'altérité" , on s'en passera volontiers. Le public d'un festival ne doit pas devenir le cobaye de militants alter mondialistes aigris. De plus c'est un festival qui dure quelques jours et je ne voispas en quoi il pourrait répondre à lui tout seul à la déliaison généralisée du lien social et aux incapacitésavérées des pouvoirs publics à redonner une place de citoyen à chacun d'entres nous. Votre texte ne démontre rien , n'argumente rien. Rio loco carte postale? Attraction touristique et dépaysement bobo bon marché? Comme si les artistes proposaient une version édulquorée de leur musique. Et la grande fête de la place de la Reynerie? Il y a avait des gens de tout les quartiers.Couac = Utopia: . procédés moscoutaires, idéologues sectaires, populisme de gauche, inacapacité à penser le citoyen autonome, dynamique, actif,et hors de grilles catégorielles pré-mâchées Quant au local, on le supporte assez le reste de l'année. Merci Archie Shepp, Khaled et Rachid Taha.
Je trouve que c´est domage d´aller à l´encontre du seul festival toulousain qui est ouvert vers l´extérieur. J´adore nos artistes locaux et les programmateurs les aiment aussi et c´est pour´ça que nous avons l´occasion de les entendre plusieurs fois par an dans notre ville.
Rio Loco c´est autre chose, c´est une opportunité unique de découvrir des artistes d´ailleurs, ne gachons pas ça !
Transparence, peut-être, mais ne voulons pas modifier ce concept réussi. Ce festival est un succès, le public l´attend, la ville le vie. Ce serait une grossière erreur de vouloir "localiser" un festival qui est justement basé sur le "ailleurs", ce serait incongruent et desolant.
@ Badaré
Disqualifier celles et ceux qui s'emploient à défendre cette "grotesque" utopie qui consiste à réunir les conditions pour transformer le monde et notre rapport à lui, et ce en toutes circonstances, en les traitant "d'adeptes neo-dirigistes contemporains, de militants alter-mondialistes aigris, d'idéologues sectaires, de populistes de gauche"... ne fait guère avancer le débat, vous en conviendrez certainement.
Pour revenir sur le sujet du "local" cher également à okdockey, il ne s'agit pas et nous l'avons dit à plusieurs occasions de plébisciter une seule et improbable version "cassoulet toulousain" qui ne rassemblerait que des "artistes locaux" (qu'est-ce que ça veut dire ?) mais de veiller à construire des liens forts, tout au long de l'année entre le festival et le tissu culturel associatif qui travaille, lui aussi, à différentes échelles de territoire.
"Quelle est l'action recherchée sur les publics?" cette phrase résume tout. Tout doit être cernable,évaluable, quantifiable, mesurable. Comme pour vos ennemis néo-libéraux, ça fera au moins un point commun. Quant à la volonté sous-jacente d'éduquer les masses incultes, je renvoie le lecteur au texte de Rancière dans le dernier numéro de la RILI. Représenter la "complexe réalité du monde "? C'est un festival de 3 jours! Laissez les gens vivre, profiter de concerts à un prix défiant toute concurrence sur l'ensemble du territoire français. Quant à "trransformer le monde", ça commencera certainement par une place de choix au comité de pilotage de Rio Loco pour le COUAC ou autre chose, quels sont les enjeux véritables pour le COUAC, c'est ça la vraie question. Changer le monde en soutenant l'eviction de gens compétants (ou en réduisant leurs possibilités d'action) ne boulverse pas les tristes règles dominantes qui règnent ici-bas: la petitesse, le manque de vergogne, la concurence déloyale, la soif infantile de pouvoir. Le tout enrobé de belles envolées universalistes faisandées. Les gens comme vous me donnent envie d''être de droite.
Par rapport à ce qu'écrit Badaré , une remarque. On peut avoir pour ambition "d'avoir une action sur un public" sans vouloir "l'éduquer", je déteste aussi ce terme et ce qu'il sous-entend. Mais on peut aussi ne pas avoir cette ambition, il n'y a pas de problème. Badaré écrit que Rio Loco est un festival de 3 jours pas cher. Et c'est très bien un festival de 3 jours pas cher avec des têtes d'affiche de très grande qualité. Mais en ce cas on peut légitimement se demander si le budget alloué au Festival n'est pas un tantinet disproportionné. Avec le budget actuel, on pourrait peut-être faire mieux, faire plus, sans changer un iota l'aspect festif et fédérateur de ces fameux trois jours. C'est le sens du texte porté par le COUAC. Il n'y a pas de quoi fouetter un chat, il y a juste de quoi discuter. Discuter au bar du Rio Loco, bien sur, car la prairie des filtres en juin au son de la musique, ça ne se rate pas !
Merci courdeval, mais si tu y réfléchis, je te cite "place peu chère" + " têtes d'affiche de grande qualité", en additionnant les deux tu trouveras "gros budget et grosse subvention", car "petite subvention"="place plus chère"+"pas de têtes d'affiche". La sent la structure ou la compagnie qui n'a pas eu la subvention qu'elle désirait au royaume de courdeval.
Cette habitude nauséabonde à considérer que chacun ne saurait réagir sans autres motifs que la jalousie, l'envie ou l'amertume doit nous alerter. Ce qui frappe depuis le début de cette polémique autour de Rio Loco, c'est la "faculté" de pas mal d'intervenants de ne pas lire ce qui est écrit, de ne pas entendre ce qui est dit, de continuer à justifier par l'exagération, la mauvaise foi, l'invective (qu'elle soit défensive ou agressive) leur propre opinion. A chaque réplique, on revient trois pas en arrière, et jamais finalement le débat ne peut réellement s'enclencher. Exemple dans le dernier échange entre courdeval et den danl : courdeval ne dit à aucun moment qu'il faut diminuer le budget du festival ni le laisse penser : je cite "avec le budget actuel on pourrait peut-être faire mieux, faire plus...". Si chacun continue à fantasmer, et à faire seulement semblant de prendre en compte la parole de l'autre, on continuera encore et toujours à s'éviter. C'est de la fausse contradiction, c'est une nouvelle fois tronquer le débat. Attention à ne pas confondre devoir d'irrespect sur le fond de l'affaire et respect de la parole d'autrui. Ça veut dire aussi être attentif à consolider tant que possible les conditions d'un échange, (pourquoi pas d'une pensée...) où chacun préfère, plutôt qu'asséner aux autres Sa Vérité ou sa haine, parier sur une intelligence collective en construction... ce qui demande un tout petit effort supplémentaire, mais rien de bien méchant.
Avant de dire qu'il est possible de faire mieux courdeval note que ce budget est "disproportionné", on utilise ce terme dans un contexte qui ne peut être que celui de l'exagération, dans ce cas précis, c'est important les mots, ça donne plein d'informations. Ça c'était la première chose. Pour ce qui est du fond du problème, je trouve tout aussi nauséabonde la problématique posée ici et votre argumentation, kombac peut se retourner quand à la demarche du couac. Quand je vois ces questions "ne promesse aussi large pose nécessairement questions : comment ? pourquoi ? l’objectif est-il atteint ?" a propos de Rio Loco, j'ai tendance à penser que vous avez effectivement raison kombac, si ces question avaient été posé sur le marathon des mots ou le printemps de septembre j'aurais immédiatement signé. Mais la, sur un festival plébiscité par une très grande majorité de la population toulousaine, avec effectivement des têtes d'affiche de grande qualité et pour un prix extrêmement modique, je viens à douter de la sincérité des motivations exposées ici et, oui, j'imagine d'autres motifs non divulgués. Pour avoir assister aux assises de la culture et avoir vu les petites bagarres de clochers et la manière dont chacun revendiquait pour soi, alors oui je doute. Je suis même sur que les différentes composantes du couac ne sont pas d'accord sur le pourquoi de tout ceci.