En raison de la politique actuelle du gouvernement qui vise de façon très claire à décharger l'État de ses missions de service public dans tout le tissu associatif de l'action culturelle et plus largement dans le secteur de l'économie solidaire, les Éditions de l'Attribut lancent un "manifeste pour l'action culturelle et solidaire" destiné à recueillir une large adhésion en vue d'une résistance active et propositionnelle, aux côtés des collectivités territoriales.

Ne laissons pas mourir l’action culturelle et solidaire sous Sarkozy

Il existe en France un secteur d’activité d’une incroyable diversité et d’une effervescence continue, menacé de précarité et de disparition par la politique du nouveau Président de la République.

Créateur de lien social et d’emplois, le tissu associatif culturel contribue à l’épanouissement des individus, encourage leur créativité et leur émancipation en plaçant l’humain au centre de ses préoccupations. Ce secteur de l’action artistique et culturelle déploie, sur tous les territoires où il agit, une vision sensible du monde. Dans des domaines aussi divers que les cultures urbaines (danse hip hop, rap, slam…), les musiques actuelles, les musiques savantes, le cirque, les arts de la rue, les arts plastiques, la danse, le théâtre, la marionnette, les arts numériques, le cinéma, la vidéo, la littérature, etc., une multitude de projets, de lieux et d’organismes favorisent les initiatives de création, diffusent les œuvres, multiplient les démarches d’éducation artistique et culturelle, encouragent les pratiques en amateur, dans un souci constant de concertation et de partage avec la population de leur territoire. C’est ainsi que des catégories sociales, qui restent souvent à l’écart des lieux culturels intimidants, se retrouvent impliquées d’une manière ou d’une autre dans des projets qui génèrent de la confiance, accroissent leur capacité à décoder le monde et à agir.

Ces initiatives qui s’inscrivent dans une logique de territoire, en milieu rural ou urbain, se développent souvent en coopération avec d’autres acteurs sociaux ou économiques, de telle sorte qu’en plus de leur richesse artistique et culturelle, elles jouent un rôle essentiel de dynamisme économique local, régional ou national. Inscrites le plus souvent dans le champ de l’économie solidaire et du « tiers secteur », elles en révèlent tout le potentiel direct et renforcent l’idée que ce secteur favorise, toujours et partout, l’intégration du long terme et de la dimension humaine dans la vie socio-économique. Certaines de ces initiatives encouragent aussi les relations internationales dans un esprit de coopération avec leurs partenaires étrangers.

Du néolibéralisme affirmé à la stigmatisation des populations immigrées en passant par une concentration des pouvoirs politiques, économiques et médiatiques, la politique conduite par le Président de la République est en radicale opposition avec les valeurs portées par celles et ceux qui ont choisi de s’engager dans l’action culturelle et populaire. Le démantèlement en cours du service public, les baisses budgétaires dans les domaines de la culture, de l’éducation, de l’économie solidaire et sociale, l’encouragement à la seule économie marchande, fragilisent chaque jour un peu plus, financièrement et symboliquement, l’ensemble de ces acteurs et de ce champ d’intervention, alors qu’ils sont déjà en situation de précarité. Les conséquences dramatiques de cette évolution, en termes de dessèchement des rapports humains et de perte de vitalité de notre société, sont beaucoup trop dangereuses pour que nous ne prenions pas part à une contre-offensive résolue en faveur du développement, sur l’ensemble du territoire national, d’une activité culturelle sachant mettre en relation les équipes artistiques et la population. Plus que jamais, l’action culturelle et solidaire apparaît comme un solide antidote aux dérives néolibérales qui menacent à la fois la vie artistique, la richesse de notre culture et la vigueur de notre société.

Six propositions d’urgence pour l’action culturelle et solidaire

  • Augmenter le budget du Ministère de la Culture et de la Communication en orientant de façon prioritaire les nouveaux fonds vers les équipes professionnelles qui s’impliquent directement dans une action artistique et culturelle territoriale,
  • Inciter les collectivités territoriales à soutenir particulièrement les projets artistiques et culturels qui se construisent avec les habitants ;
  • Favoriser des conventions croisées entre les DRAC, les collectivités territoriales et les entreprises culturelles qui conduisent des actions locales d’émancipation, afin que l’Etat cofinance ces initiatives ;
  • En vertu du principe d’égalité républicaine, exiger de l’Etat qu’il mette en œuvre une politique d’aménagement culturel du territoire, en distribuant les moyens de l’action artistique et culturelle en fonction de considérations démographiques, du niveau de revenu moyen des habitants et du souci de redynamiser les territoires les plus délaissés, économiquement et socialement ;
  • Aider le tiers secteur culturel par des dégrèvements fiscaux, des cautions bancaires et des mécanismes de soutien à la gestion. En raison de ses qualités de réactivité et d’ouverture sur la société, ce secteur pourrait aussi bénéficier d’un fond d’aide à l’initiative culturelle et solidaire ;
  • Mettre en œuvre un principe de continuité des droits sociaux et culturels qui seraient directement attachés à la personne elle-même et non au statut relatif à l’emploi, présent ou passé.