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jeudi 20 mars 2008

Poivre et Sel

Le coordinateur de Mix'Art Myrys, Joël Lécussan pour ne pas le nommer, ne m'en voudra pas trop de reprendre un peu de Poivre et de remettre un peu de sel là où il en avait assurément mis déjà suffisamment. Voilà que l'on reparle donc d'Olivier Poivre d'Arvor. Un papier dans le Monde, un autre dans le Figaro, encore un en première page de LibéToulouse. Même France Inter, hier matin avec Vincent Josse s'y est mis.

Villa_Medicis.jpgDéçu, fâché. Et décidé à le faire savoir, peut-on lire dans le Monde. Olivier Poivre d'Arvor, directeur de Culturesfrance, l'agence française d'échanges culturels internationaux, n'a pas apprécié du tout la nomination de Georges-Marc Benamou à la tête de la Villa Médicis. Dans une lettre à Nicolas Sarkozy, écrite mardi 18 mars et transmise à la presse dans la foulée, le diplomate use d'un langage fort peu diplomatique pour dénoncer le choix par le président de son propre conseiller à la culture pour occuper ce poste prestigieux. Pourquoi donc Olivier Poivre d'Arvor est-il déçu ? Parce que ça devait être lui. La Villa, c'était pour lui. Georges-Marc le lui avait promis.

J'ai lu la lettre qu'OPDA a sobrement intitulée "Benamou m'a tué" et publiée sur le site Bibliobs. De larges extraits ont été repris un peu partout. Ne serait-ce que depuis le coup de Times titrant il y a quelques mois sur la mort de la culture française et la vivacité au moins dans la forme avec laquelle OPDA avait cru bon de devoir réagir (publiant un cahier spécial dans la lettre de Culturesfrance, se faisant inviter un peu partout), on connaissait déjà les capacités d'un Poivre à faire jouer ses relations médiatiques. Ce n'est pas là où je veux en venir.

A en croire encore une fois le principal intéressé, il faut savoir mettre de côté sa propre déception. Le plus important dans cette affaire, c'est la manière dont on appréhende la culture, c'est la déontologie avec laquelle un vrai professionnel de la culture devrait faire son métier, c'est la difficulté manifeste de sortir des affaires de pouvoir (Sarkozy lui-même semblait pourtant vouloir faire table rase...). Non décidément, OPDA est un chevalier blanc. Cette nomination provoque au delà de ma personne et dans les milieux professionnels, un sentiment de malaise. Pour preuve, citant toujours dans le Monde les intentions de l'ex-conseiller de profiter de son séjour à Rome pour "revenir à ses activités d'écriture et de cinéma", M. Poivre d'Arvor s'étrangle : "Georges-Marc Benamou semble étrangement confondre la situation de pensionnaire avec la fonction de directeur. Il oublie que cette fonction n'a rien d'honorifique ou de prestigieux mais représente un véritable engagement professionnel à plein temps."

Vraiment, qui pourrait contredire le directeur de Culturesfrance (opérateur délégué des ministères des Affaires étrangères et de la culture et de la communication pour les échanges culturels internationaux, en charge à ce titre de la diffusion de la culture française à l’étranger et de l’organisation des Saisons étrangères en France), l'écrivain, l'essayiste, le philosophe, le diplomate en mission dans de nombreux services culturels à l'étranger, le commissaire général et directeur artistique du projet "Toulouse 2013" qu'il faut, vraiment, savoir se consacrer pleinement à la tache de directeur... ?

Autre question subsidiaire : quand (et où ?) diable OPDA a-t-il pu trouver le temps de rédiger un projet pour son dossier de candidature à... la Villa Médicis ?

jeudi 13 mars 2008

Toulouse 2013 : comment rater les grandes occasions ?

Le 11 février 2008 le Couac organise une rencontre tentant de mettre en dialogue les représentants de l’association Toulouse 2013 (élu(e)s et salariés dont Olivier Poivre d’Arvor, directeur) et un certain nombre d’acteurs (salle quasi-comble). Sous-titre « Toulouse veut faire sa CEC (Capitale Européenne de la Culture) ». Par le passé, au temps des emplois aidés, CEC signifiait Contrat Emploi Consolidé. Fin d’une époque ?...

Dessin Joap Ramond

Ce débat public a été l’occasion d’assister à l’expression de deux logiques qui, telles qu’elles ont été appréhendées, s’avèrent antagonistes. Celle d’un Poivre d’Arvor super compétiteur dans une super urgence de temps et un super boulot de lobbying à faire avec un super carnet d’adresses. Celle du Couac et de nombre d’acteurs tentant d’inscrire dans la durée et le temps la mise en synergie des acteurs et des habitant-es pour une ambition partagée et la production de sens.

Cette opposition se traduisait alors par du « vous ne vous rendez pas compte… vous ne pouvez pas comprendre… je peux arrêter aussi » asséné par un Poivre d’Arvor agacé, excédé, fébrile, tel l’enfant gâté se sentant incompris.

Nous croyons pourtant encore, Mr Poivre, à la complémentarité, voire au judicieux de ces deux logiques pour « l’emporter » et ce aux vues du cahier des charges officiel qui repose sur l’implication des citoyens et le caractère durable de l’événement. Extrait dudit cahier : « une capitale attractive et participative… bien au-delà d’un feu d’artifice éphémère d’événements culturels… »

Et bien non il n’en sera rien, chers citoyens et chers collègues, laissons faire les grands de ce monde, bien plus au courant que nous de comment se font ces choses-là, pauvres petits que nous sommes. L’équipe 2013, son capitaine en tête se gosse de la réussite de Lille 2004, de ce qu’il faut donc faire avec moins de temps et plus de compétition. Il est alors évident que valoriser un existant qualifiable d’ « underground », parce que très peu pris en compte par l’institution, témoin de l’esprit libertaire propre à Toulouse (y compris historique) ne peut constituer pour Mr Poivre des arguments à la hauteur de la compétition.

Les 430 millions d’euros d’investissements prévus seront une fois encore destinés à de grandes vitrines (parfois nécessaires) : entre autre une Cité de la danse (enfin Annie Bozzini aura un vrai outil que ne lui piquera pas Jacky Ohayon), un auditorium avec un grand geste architectural pour conserver un jeune chef de talent avant qu’il ne se barre, une Cité des Cultures du Monde au Mirail parce qu’il est bien vu de s’occuper des quartiers populaires et qu’en plus le gendre du Préfet actuel pourrait en être le directeur parce que lui, contrairement aux gens du cru, aurait les capacités de, la prison St-Michel et ses ambitions internationales, vive l’international, soyons expansionnistes, soyons Grands !

Et pourtant sans ancrage local votre expansion, vos ambitions seront du vent comme nombre de Maisons Folies de Lille 2004. Marseille, de l’avis de tous, the compétiteur sérieux, a su valoriser et mettre en avant l’association des acteurs du cri très en amont. Même si c’est beaucoup sur le papier, au moins c’est énoncé, et cela prouverait que nous ne nous trompons guère.

Soyez donc de 2004, Mr Poivre, nous nous sommes de notre temps, en état d’urgence permanent, tentant de vaincre les archaïsmes de l’élitisme pareils à ceux du populisme.

Et si le poivre pique un instant, le goût du sel lui reste, nous sommes et serons le sel, ne vous en déplaise.

NB : suite entre autre à cette rencontre, l’équipe 2013 reçoit les acteurs. N’hésitons pas, bousculons-nous au portillon et l’on s’en recause.